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En voyant passer devant moi cet homme dans la rue, une image m’est venue à l’esprit : celle d’un monde où, à la place de notre téléphone portable, ce serait un pistolet chargé que nous sortirions de notre poche toutes les heures pour le braquer sur notre tempe, et en lieu et place de nos conversations se tiendraient de longues négociations avec nous-mêmes  : « Allez, donne-toi une bonne raison de rester en vie. Une seule. Est-ce que je mérite vraiment de vivre encore une heure ? Et qu’est-ce que je vais en faire, de cette heure de vie supplémentaire que je m’accorde ? » Et régulièrement les services municipaux ramasseraient sur le trottoir le cadavre frais d’un homme qui n’a pas réussi à se convaincre de continuer plus longtemps ce parcours solitaire absurde qu’on appelle la vie.

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